{"id":4941,"date":"2026-08-21T11:54:45","date_gmt":"2026-08-21T09:54:45","guid":{"rendered":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/?p=4941"},"modified":"2026-08-21T11:56:14","modified_gmt":"2026-08-21T09:56:14","slug":"nous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/2026\/08\/21\/nous\/","title":{"rendered":"Nous ?"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #330099;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, serif;\"><span style=\"font-size: large;\"><b>Le bruit du Moi, le silence du Nous. <\/b><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"color: #330099;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, serif;\"><span style=\"font-size: large;\">La solitude non d\u00e9sir\u00e9e comme d\u00e9fi individuel et collectif <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\"><span style=\"color: #330099;\"><span style=\"font-family: Book Antiqua, serif;\">Josefa Ros Velasco<\/span><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Que nous arrive-t-il ? Pourquoi nous sentons-nous si seuls ? Je m&rsquo;aper\u00e7ois qu&rsquo;en \u00e9crivant ces questions, d\u00e9j\u00e0 les traits de mon visage expriment la tristesse. Je fronce les sourcils aussi. La question me pr\u00e9occupe. La question est simple : pourquoi sommes-nous si seuls ? La r\u00e9ponse ne me semble pas complexe ; elle appara\u00eet \u00e9vidente, claire, transparente. Maintenant j&rsquo;appuie les doigts de ma main contre mes yeux, les for\u00e7ant \u00e0 s&rsquo;enfoncer un peu dans leur orbite, je les porte ensuite sur mon front rid\u00e9. Qu&rsquo;est-ce qui nous arrive ? Nous nous sommes \u00e9loign\u00e9s ou peut-\u00eatre nous n&rsquo;avons jamais \u00e9t\u00e9 ensemble ? Le malaise grandit, nous atteint, me touche ; il comprime nos poitrines, nous emp\u00eache de respirer, me consume : nous unit dans la m\u00eame conscience intime de soi. La nostalgie fait irruption, d\u00e9truit la m\u00e9lancolie. Tu vois de quoi je parle ? <i>Je<\/i> suis l\u00e0, <i>tu<\/i> es l\u00e0 ; <i>nous<\/i> ne sommes pas l\u00e0. Nous nous le sommes d\u00e9rob\u00e9 ? On nous l&rsquo;a d\u00e9rob\u00e9 ? Nous nous le sommes laiss\u00e9 d\u00e9rob\u00e9 ? Seuls, \u00e0 temps plein. D\u00e9li\u00e9s. Isol\u00e9s, mais occupant le m\u00eame espace. Bris\u00e9s et nous \u00e9treignant sur la mince ligne de rupture. J&rsquo;ai envie de pleurer. Personne ne me verrait, ni ici ni nulle part. Personne ne me regarde et je ne vois pas de regards. Perdus, d\u00e9sol\u00e9s, tourment\u00e9s par la distance. Que nous est-il arriv\u00e9 ? O\u00f9 \u00eates-vous ? Moi, je ne veux pas \u00eatre seule. Tu veux \u00eatre seul ? On devrait aller quelque part. Donne-moi la main. La peine nous donne de la force ; nous irradie d&rsquo;esp\u00e9rance. Je ne peux pas penser seule. J&rsquo;ai besoin de vous. Vous avez besoin de moi ? Moi, moi, moi ; je ne sais pas o\u00f9 m&rsquo;attendent les autres. Je ne vois que du vide. <\/span><\/span><\/p>\n<ul>\n<li>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Vous soupirez, Princesse !<\/span><\/span><\/p>\n<\/li>\n<li>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Oui, il commence \u00e0 se faire tard&#8230;<\/span><\/span><\/p>\n<\/li>\n<\/ul>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Quelqu&rsquo;un est venu me voir qui me parle, m&rsquo;\u00e9coute, prends soin de moi. Je ne suis pas seule. Nous n&rsquo;avons plus jamais \u00e0 \u00eatre seul. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">\u00c7a pourrait \u00eatre un exemple, d\u00e9ploy\u00e9 dans un style extr\u00eamement dramatique &#8211; je suis comme \u00e7a, dramatique ! Mais cette plaie contemporaine \u00e0 laquelle nous nous confrontons l&rsquo;est aussi \u2013 de la souffrance mentale que produit <i>le bruit du Moi<\/i> dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 s&rsquo;est install\u00e9 <i>le silence du Nous<\/i>. C&rsquo;est un fait \u2013 j&rsquo;ai des bonnes raisons de le croire et des donn\u00e9es chiffr\u00e9es pour le d\u00e9montrer \u2013 que la solitude non d\u00e9sir\u00e9e est entrain de s&rsquo;installer dans le c\u0153ur de beaucoup d&rsquo;entre nous, mais ce n&rsquo;est pas une condition<i> sine qua none <\/i>de notre esp\u00e8ce, elle n&rsquo;a pas \u00e0 le devenir si nous le voulons ainsi. Le cin\u00e9aste am\u00e9ricain Georges Orson Wells, jouant son propre r\u00f4le dans un documentaire semi- autobiographique <i><b>Someone to Love<\/b><\/i><b> (1987),<\/b> nous a l\u00e9gu\u00e9 dans un de ses derniers monologues sur la condition humaine cette fameuse sentence qui dit que <i>nous naissons seuls, nous vivons seuls, et nous mourons seuls<\/i>. La premi\u00e8re affirmation est manifestement fausse. Nous venons au monde au moins accompagn\u00e9s par notre m\u00e8re, bien qu&rsquo;on nous s\u00e9pare rapidement d&rsquo;elle en coupant le cordon ombilical. Apr\u00e8s, nous avons besoin de soins durant des d\u00e9cennies jusqu&rsquo; au moment o\u00f9 nous apprenons \u00e0 vivre par nous-m\u00eames. Dor\u00e9navant nous avons la responsabilit\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher que cette pr\u00e9diction insistante de Wells ne se r\u00e9alise m\u00eame si cela va se r\u00e9v\u00e9ler difficile \u00e9tant donn\u00e9 le style de vie obscur que nous avons adopt\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Aujourd&rsquo;hui tout le monde parle de ce ph\u00e9nom\u00e8ne de solitude non d\u00e9sir\u00e9e, on la d\u00e9finit comme l&rsquo;impossibilit\u00e9 de jouir d&rsquo;une pr\u00e9sence humaine n\u00e9cessaire au bien-\u00eatre, tant \u00e9motionnellement que socialement. On utilise aujourd&rsquo;hui des termes m\u00e9taphoriques comme <i>\u00e9pid\u00e9mie<\/i> ou <i>pand\u00e9mie<\/i>, moi je pr\u00e9f\u00e8re utiliser le mot <i>plaie. <\/i>On parle sans cesse de cet \u00e9tat d&rsquo;isolement dans lequel on se trouve seul ou sans compagnie, sans l&rsquo;avoir choisi mais de mani\u00e8re impos\u00e9e par les changements ou les tendances sociales, par la perte de personnes aim\u00e9es, par la souffrance d&rsquo;une maladie, de troubles mentaux, neurologiques ou m\u00eame du fait du contexte \u00e9conomique.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Si nous appr\u00e9cions l&rsquo;aspect positif de la solitude quand nous la recherchons, elle devient un calvaire quand le degr\u00e9 d&rsquo;interaction sociale auquel nous avons acc\u00e8s, quantitativement et qualitativement, se trouve en dissonance avec le niveau d&rsquo;interaction sociale dont nous avons besoin pour nous sentir en \u00e9quilibre. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une appr\u00e9ciation purement subjective car chacun d&rsquo;entre nous avons notre propre niveau optimal d&rsquo;interaction sociale qui change en fonction de caract\u00e9ristiques sociaux d\u00e9mographiques comme l&rsquo;\u00e2ge, la classe sociale ou le genre. En ce sens l&rsquo;observation empirico-objective de la solitude n&rsquo;a pas \u00e0 co\u00efncider avec l&rsquo;appr\u00e9ciation subjective et individuelle que chacun r\u00e9alise dans sa propre situation. Vivre seul ne nous condamne pas automatiquement \u00e0 la solitude ; et vivre entour\u00e9 de gens ne nous immunise pas contre ses attaques.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Nous avons tous besoin de solitude c&rsquo;est presque une platitude de le dire. R\u00e9guli\u00e8rement nous nous renfermons en nous-m\u00eames volontairement. \u00catre seul de fa\u00e7on choisie, devient un des plaisirs les plus grands dont nous pouvons nous faire cadeau. Du point de vue philosophique existentialiste, on a toujours consid\u00e9r\u00e9 que \u00eatre seul est une condition n\u00e9cessaire \u00e0 notre d\u00e9veloppement personnel parce que \u00e7a conduit \u00e0 l&rsquo;introspection, \u00e0 la critique, \u00e0 la construction de l&rsquo;identit\u00e9 et la connaissance de soi, promouvant le d\u00e9veloppement personnel et la paix mentale. La solitude d\u00e9sir\u00e9e peut \u00eatre un petit coin incomparable o\u00f9 on peut savourer la tranquillit\u00e9 ou d\u00e9velopper la concentration, la cr\u00e9ativit\u00e9 et la libert\u00e9, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de cet univers fou o\u00f9 nous ne sommes jamais tranquille un seul instant. \u00c7a sonne r\u00e9confortant, mais ce n&rsquo;est pas \u00e7a qui m&rsquo;int\u00e9resse maintenant. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">C&rsquo;est le contraire qui m&#8217;emp\u00eache de dormir : l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;isolement, r\u00e9sultant de causes \u00e9trang\u00e8res au choix personnel, qui se traduit en une souffrance et qui s&rsquo;identifie d&rsquo;abord avec la tristesse et l&rsquo;incompr\u00e9hension. Cette cons\u00e9quence n\u00e9gative qui r\u00e9sulte de la diff\u00e9rence entre la quantit\u00e9 et la qualit\u00e9 des contacts sociaux d\u00e9sir\u00e9s ou attendus et ceux effectivement r\u00e9alisables. Quand on ne voit personne, quand personne ne peut nous voir. Quand notre c\u00e9cit\u00e9 est si grande que sa d\u00e9flagration risque d\u2019\u00e9teindre notre humanit\u00e9. C&rsquo;est le moment d&rsquo;entrer en mati\u00e8re. P108<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">p117 :<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">La d\u00e9fense de la qualit\u00e9 de la vie \u00e0 partir du concept de communaut\u00e9 de soins implique que tous les agents qui en font partie soient connus et se connaissent, apportent en fonction de leur force et re\u00e7oivent en fonction de leurs besoins. Cette philosophie implique un changement de paradigme qu&rsquo;il faut imaginer par del\u00e0 le simple milieu socio-sanitaire, pour impliquer un changement radical dans les formes d&rsquo;interaction sociale qui aujourd&rsquo;hui rendent impossible le bien \u00eatre tel qu&rsquo;il est d\u00e9fini par alternative \u00c9den. Nous ne sommes pas connus m\u00eame si nous l&rsquo;essayons par les r\u00e9seaux sociaux, nous ne connaissons pas les autres, m\u00eame si nous essayons de le faire sur les r\u00e9seaux sociaux. Comme les punk des ann\u00e9es 70 nous ne voyons pas de futur. Nous avons tr\u00e8s peu de pouvoir de d\u00e9cision sur nos propres vies ; l&rsquo;\u00c9tat d\u00e9cide de presque tout pour nous. Nous ne nous sentons pas en s\u00e9curit\u00e9 ni respect\u00e9s. Nous vivons en proie au doute et \u00e0 l&rsquo;incertitude. Nous ne sommes pas connect\u00e9s, m\u00eame de loin ; nous n&rsquo;appartenons \u00e0 rien, \u00e0 aucun lieu, simplement \u00e0 nos d\u00e9sirs. Nous n&rsquo;avons aucun projet qui n&rsquo;ait \u00e0 voir avec ici et maintenant. Et bien s\u00fbr nous sommes beaucoup moins heureux que nous voudrions.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Je ne peux pas demander \u00e0 tout ce qui partage mon milieu mais le devenir de nos soci\u00e9t\u00e9s me fait penser que nous sommes nombreux \u00e0 survivre dans cette circonstance inaudible : sans r\u00e9ponse, r\u00e9signer \u00e0 ne pas les trouver ; essayant d&rsquo;enfouir dans le plus profond de notre \u00eatre nos peurs, surgissant de la fa\u00e7on la plus inattendue, pouss\u00e9es par la r\u00e9pression ; tristes, creux, incultes. Nous sommes perdus. On prend un peu par-ci, un peu par-l\u00e0. Prenant ce qui nous convient le mieux en fonction de nos int\u00e9r\u00eats particuliers. Pas comme collectif mais comme individus isol\u00e9s. L&rsquo;absence d&rsquo;un sens partag\u00e9 fait na\u00eetre une fois encore les vieilles anxi\u00e9t\u00e9s ; les ressentiments tus nous mettent sur la d\u00e9fensive ; on se m\u00e9fie les uns des autres. : si tu montes, je descends ; c&rsquo;est toi qui meurt ou c&rsquo;est moi qui meurt. Nous sommes \u00e9duqu\u00e9s pour entreprendre et prosp\u00e9rer acceptant les pr\u00e9ceptes de la loi de la jungle. Il n&rsquo;y a pas de projet commun, chacun doit sauver son propre projet. <\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Tout ceci n&rsquo;est pas innocent. Nous sommes \u00e9go\u00efstes, narcissiques. Nous ne nous soucions pas de nos voisins ; nous ne les connaissons pas. La souffrance de celui qui est \u00e0 l&rsquo;autre bout du globe ne nous int\u00e9resse pas si elle ne s&rsquo;imbrique pas avec la n\u00f4tre. Formant de petits groupes herm\u00e9tiques, essayant de trouver notre lieu, de toucher quelque chose, avec quelqu&rsquo;un ou plusieurs. Nous essayons de nous identifier avec un -isme quelconque, nous adh\u00e9rons \u00e0 des id\u00e9ologies extr\u00e9mistes sans r\u00e9fl\u00e9chir, accentuant la polarisation. Pas m\u00eame les guerres nous unissent. \u00c9chapper \u00e0 l&rsquo;ennui, \u00e0 la fatigue de la jungle, est notre seul but universel. La consommation de divertissement est la divinit\u00e9 postmoderne. Le spectacle politique quotidien nous embrume. Il doit y avoir 1000 fa\u00e7ons de satisfaire ses app\u00e9tits. Nous exigeons que la nouveaut\u00e9 soit constante. On veut tout : le plus exclusif et le plus risqu\u00e9, le plus insolite ; on le veut maintenant, parce que le temps s&rsquo;ach\u00e8ve et il n&rsquo;y a qu&rsquo;une vie, parce qu&rsquo;on est en train de mourir \u00e0 chaque seconde et qu&rsquo;on se sent tenu d&rsquo;arriver au sommet de ce projet que nous sommes avec succ\u00e8s. Ma carri\u00e8re, mon travail, ma maison, ma voiture, mes factures, mon conjoint, mes enfants, mon chien, mon r\u00e9gime, ma routine sportive, mon hobby, mes vacances, ma f\u00eate de No\u00ebl, mon profil Facebook, mon influenceur favori, mon parti, mes valeurs, mon \u00e9glise, mes ennemis, mon but dans la vie, mon fonds de pension, ma maladie, ma mort\u2026 L&rsquo;exp\u00e9rience en elle-m\u00eame n&rsquo;est pas suffisante ; nous devons la montrer \u00e0 des internautes anonymes pour nous d\u00e9montrer o\u00f9 leur d\u00e9montrer qu&rsquo;on le fait bien, que nous sommes indemnes de toute souffrance, que nous n&rsquo;avons besoin de personne. Mais nous avons besoin de tout le monde.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Nous sommes en train de nous \u00e9puiser dans l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9, dans l&rsquo;hypervigilance, dans la surestimation, dans la surabondance mat\u00e9rielle, dans la d\u00e9connexion en pleine \u00e8re de la connectivit\u00e9. Nous sommes fatigu\u00e9s, \u00e9puis\u00e9s par le carrousel incessant de vie d\u00e9pli\u00e9es que nous essayons de rendre coh\u00e9rent. Nous \u00e9vitons \u00e0 tout prix de penser pour ne pas avoir \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer. Nous y parvenons ? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;il fallait que nous r\u00e9ussissions ? pourquoi fallait-il y arriver ? qui sommes-nous donc ? Qu&rsquo;est-ce que je fais sur terre ? \u00c0 quoi servent mes efforts ? Pourquoi autant de fatigue ? Nous sommes victimes d&rsquo;un ennui insondable. Je me r\u00e9f\u00e8re \u00e0 un ennui profond que toute une soci\u00e9t\u00e9 peut partager quand elle ne trouve plus de signification ni dans son <i>\u00eatre<\/i> ni dans son <i>faire<\/i>. La n\u00f4tre est form\u00e9e d&rsquo;agr\u00e9gats d\u00e9sarticul\u00e9s. Je parle de cet ennui pathologique qui s&rsquo;enkyste, qui devient chronique, parce que conscient du d\u00e9senchantement nous nous d\u00e9couvrons incapables de dessiner ensemble une strat\u00e9gie de fuite face \u00e0 la douleur sentie sur le long terme, ou bien ce que nous projetons ne nous semble pas r\u00e9alisable dans les conditions historiques pr\u00e9sentes. Cet ennui qui, malgr\u00e9 tout, r\u00e9pond \u00e0 la t\u00e2che de nous alerter face \u00e0 ce qui ne fonctionne pas. Nous essayons de sortir de la boue, mais nous \u00e9chouons parce que nous nous ent\u00eatons \u00e0 essayer d&rsquo;en sortir seul et \u00f4ter seulement la boue qui colle \u00e0 nos <b>propres<\/b> pieds.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Je ressens tout cela. Je me suis faite \u00e0 partir de tout cela. C&rsquo;est le bouillon dans lequel j&rsquo;ai grandi, comme mill\u00e9nium, \u00e9prouvant de la douleur de cette absence de sens enracin\u00e9 dans ce moment o\u00f9 il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de vivre, aiguillonn\u00e9e par la sensation que personne d&rsquo;autre ne semblait y accorder de l&rsquo;importance. Parfois je sens qu&rsquo;un jour nous mettrons d\u00e9finitivement fin \u00e0 notre maladie, quand les niveaux de solitude non d\u00e9sir\u00e9e, les diagnostics pour d\u00e9pression et frustration, les anxi\u00e9t\u00e9s, les stress, tout comme les expressions quotidiennes de la d\u00e9moralisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e qui nous ont pouss\u00e9 \u00e0 chercher des rem\u00e8des dans les livres d&rsquo;auto-d\u00e9veloppement, dans le coaching, dans la pens\u00e9e positive et dans la m\u00e9dicalisation psychiatrique, comme seul analg\u00e9siques contre nos fantasmes craints, quand tout cela sera insupportable. Alors, il me semble, que nous serons dispos\u00e9s \u00e0 nous d\u00e9faire de la dictature du triomphe personnel, de la honte impos\u00e9e devant la d\u00e9faite, \u00e0 nous montrer davantage devant les autres comme nous sommes, non pas comme celui que nous voudrions \u00eatre ou celui que les autres attendent de nous, \u00e0 cesser de faire les forts, \u00e0 admettre que nous sommes d\u00e9pendants, sans pudeur, sans peur d&rsquo;\u00eatre tax\u00e9 d&rsquo;impuissant, cela pr\u00e9cis\u00e9ment que nous sommes quand nous essayons d&rsquo;\u00eatre ind\u00e9pendant s par nos seules ressources.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Nous sommes humains. Des \u00eatres vuln\u00e9rables ayant besoin de soins. Nous sommes l&rsquo;\u00eatre qui a le plus besoin de soins de tous ceux qui peuplent la plan\u00e8te ; celui-l\u00e0 qui en accord avec l&rsquo;anthropologie n\u00e9gative vient au monde sans d\u00e9fense, nu, sans aucune autre protection que celle que lui offre l&rsquo;usage de sa raison (sur valoris\u00e9e) ; sans griffe, sans crocs, sans cuir. Pour survivre nous d\u00e9pendons de nos cong\u00e9n\u00e8res, du reste des cr\u00e9atures de la plan\u00e8te et de la plan\u00e8te elle-m\u00eame. Nous sommes interd\u00e9pendants et \u00e9cod\u00e9pendants. Nous sommes oblig\u00e9s de former une communaut\u00e9 de soins comme unit\u00e9 la plus indissoluble possible. Nous avons besoin les uns des autres pas seulement pour survivre, mais aussi pour sentir que la vie m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre v\u00e9cue.<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">P120<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">Mais au del\u00e0 de la prise de conscience individuelle, de la somme de chaque grain de sable conscient dans son espace priv\u00e9 de la valeur du soin comme arme efficace contre la solitude, au del\u00e0 des actions entreprises par la soci\u00e9t\u00e9 civile, face \u00e0 ce probl\u00e8me structurel, nous sommes en droit de demander \u00e0 ceux qui occupent des postes de repr\u00e9sentation et gestion des affaires publiques un engagement responsable et une implication effective dans cette bataille contre la solitude non d\u00e9sir\u00e9e. Nous avons besoin qu&rsquo;on nous donne des outils pour prendre soin non seulement du corps, ce qu&rsquo;on a fait jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, mais aussi des souffrances de l&rsquo;\u00e2me. Prendre soin des institutions pour que les institutions prennent soin de nous et nous premettent de prendre soin du Nous.p121<\/span><\/span><\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\"><span style=\"font-family: Cochin;\"><span style=\"font-size: large;\">p124 \u00e0 fin : <\/span><\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bruit du Moi, le silence du Nous. La solitude non d\u00e9sir\u00e9e comme d\u00e9fi individuel et collectif Josefa Ros Velasco Que nous arrive-t-il ? Pourquoi nous sentons-nous si seuls ? Je m&rsquo;aper\u00e7ois qu&rsquo;en \u00e9crivant ces questions, d\u00e9j\u00e0 les traits de&#8230; <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/2026\/08\/21\/nous\/\">Continue Reading &rarr;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":4942,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[37],"tags":[],"class_list":["post-4941","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-introduction"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4941","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4941"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4941\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4943,"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4941\/revisions\/4943"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/4942"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4941"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4941"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/philosophie-en-cours.net\/blog\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4941"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}