Par quel bout, commencer ? Comment ? Un voyage peut commencer par la décision de l’entreprendre et par son organisation logistique mais d’autres possibilités s’offrent à nous : en sautant dans un train qui passe par exemple ou, plus reposant, en prenant conscience qu’il a déjà commencé… Admettons qu’il a déjà commencé ! Oh, non ! Comment puis-je dire une chose pareille à des philosophes débutants qui savent déjà qu’en philosophie on raisonne, sans relâche, sans honte et sans crainte ? Oubliez ! Mais chemin faisant, voilà que nous ne sommes plus au point de départ, alors continuons simplement…

Le train de Concorde vers Boston, celui que voyait passer le philosophe Thoreau en 1842 déjà.

Nous pourrions emprunter la méthode classique, je veux dire l’histoire et sa chronologie : mettons nos pas dans les traces du passé et remontons le temps pour nous rejoindre. Suivons l’histoire des philosophes, des philosophies qui auraient conduit jusqu’à nous la force de penser à travers le temps. Facile à dire ! Mais …il est bien difficile de les comprendre ces hommes du passé qui parlaient grec, latin, et tant d’autres langues anciennes. Ils parlaient d’ailleurs de choses qui nous échappent d’abord, liées à leur moment ; nous avons bien assez de nos problèmes !
Alors que faire ? Se mettre en route, léger, insouciant , joyeux comme un enfant qui découvre une nouvelle activité, confiant parce que la philosophie, du haut de ses 24 siècles, a l’air d’une vieille dame solide.

Se laisser saisir…

Etonnée ?
Cindy Sherman

Vous êtes étonnés ? Tant mieux ! c’est un bon début, tout commence par là…Certains regrettent de n’être pas des chats, endormis au soleil, câlinés par les hommes sans avoir eu à gagner tant de bonté et de caresses. Ils n’ont rien fait, on les admire, on ne leur demande rien, ils ont l’air bien !Et en plus ils ne se posent pas de questions, contrairement à nous qui ne savons où donner de la tête : tout est tellement étonnant !Les étoiles dans le ciel, la forme des montagnes, la bêtise du méchant, la vanité des gens qui se prennent au sérieux, la ferveur des idéalistes…et tant d’autres choses ! L’étonnement nous sort de notre tranquillité féline pour nous mettre en chasse, mais quelle sera la proie ?

 

La philosophie : débattre et s’ébattre ?

On a attendu personne pour avoir des opinions ! C’est bien vrai, on en a déjà beaucoup par soi-même, tellement ! On pourrait passer sa vie à jouer au ping-pong avec elles : tu m’envoies la tienne, je te renvoie la mienne…et on recommence. À quoi bon ? Les débats ressemblent trop souvent à ces échanges sportifs où la violence des balles vous fait baisser les bras. Dans le sport, on gagne au moins, on montre son savoir-faire, mais que gagne-t-on dans les débats ? Comment faire pour que les échanges ne soient pas stériles, ne soient pas seulement des prouesses verbales sans effet ? La philosophie nous fait aimer les échanges, nous apprend à ne pas les craindre et à chercher le moyen de dépasser la simple confrontation. Que nous soyons quelque part, entouré de nos certitudes, ne signifie pas que nous soyons arrivés, nous sommes seulement chargés et lents à remettre en route. Allons en avant, secouons nos opinions !