Analyse de la question et problématisation :
La proposition est d’abord étonnante : un avis de recherche est lancé quand quelque chose d’important ou quelqu’un est perdu : son chat, son enfant… Celui qui lance l’appel est privé de son bien, il le recherche donc. Comment comprendre alors cet énoncé : « recherche de soi », ce qui supposerait que le soi est perdu mais qu’il se cherche lui-même ; sujet de la recherche et objet de la quête, étrange situation ! On sent qu’ici les mots n’ont pas le même sens. On ne se cherche pas comme on cherche son chat perdu, ni comme un amnésique recherche son identité, ni comme un enfant adopté recherche ses origines…toutes ces recherches supposent que quelque part un être réel, une réalité bien définie mais cachée, attende d’être dévoilée, mise au jour. Ôter le voile, trouver la cachette, lever l’anonymat…sont les opérations qui mettraient fin à cette recherche. On voit que cela ne permet pas de comprendre la recherche de soi : où serais-je que je n’habiterais déjà ? Qui serais-je que je ne connaîtrais déjà ? Il faut dés lors reprendre l’analyse en ayant conscience que les mots sont des outils et non des choses, qu’ils indiquent une voie de réflexion. Comment donc comprendre cet énoncé ?
Le Moi semble être en question, le mot comme nous disions ne garantit pas que le référent existe : la sirène se meut dans les mers des contes mais manque à l’appel ! Le Moi serait-il une fiction du même genre, dont on parle mais qu’on ne saisit jamais ? Le mot « Moi » est-il le nom d’une fiction, élaborée par une imagination débordante, romancière ou poétique ?
Le pays d’Eldorado n’existe pas non plus, fiction politique, donnée comme telle par Voltaire dans Candide, si nous voulions illustrer autrement notre idée. Mais des utopies, nom de ces fictions politiques, cachent parfois leur jeu : elles se donnent pour des analyses objectives et prospectives, compatibles avec la réalité, variantes de celle-ci, en puissance, dans un monde politique porteur de devenirs divers. Il est alors plus difficile de décider s’il s’agit de fiction ou de projection réaliste. Le nom désigne alors un possible imaginable qui cherche sa consistance et son inscription dans le monde réel et historique. Le mot « Moi » désigne-t-il une utopie ou une anticipation réaliste, raisonnable et souhaitable ?
a) « Moi » : de quoi parle-ton ?
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Un effet de conscience ? Je pense à partir de moi-même.
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Un ensemble de caractères propres et stables à une unité humaine ?
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Caractère |
Façon de réagir, de prendre les choses, les situations, de réagir et d’agir dans les situations et les échanges. |
Stabilité affirmée dans ce positionnement. |
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Choix |
Préférences opérées dans des domaines qui proposent des possibilités, qui donnent lieu à des préférences. |
Cohérence recherchée. |
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Émotion |
Façon d’être affecté, de se laisser submerger par un mouvement intérieur. |
Sensibilité au monde et à Autrui. |
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Un effet d’unité et d’identité donc mais cela entre en contradiction manifeste avec les changements, les transformations dont nous sommes le lieu et l’agent. Quelle consistance garde dès lors cette idée du Moi ?
Un lien peut-être fait avec la notion d’âme, héritée de la métaphysique et la religion monothéiste : essence immortelle de l’être destinée à une présence au-delà de la mort.
Mercredi 16 sep et jeudi 17 septembre :
Moi comme figure : consciente d’elle-même, sociale et problématique.
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consciente d’elle-même |
sociale |
problématique |
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Question pour soi en tant que conscience d’exister particulière. |
Stabilité et cohérence : en font une réalité dont on peut parler, et à qui on assigne la responsabilité de ses actes. |
Le récit cache des contradictions et des évolutions qui démentent la figure dans sa stabilité. |
Résolution métaphysique du problème : la notion d’âme, extérieure à soi, d’origine divine ou éternelle.
Moi : quête a sens de construction (active, volontaire, moral…) ou dévoilement (processus inconscient, ensemble de déterminations psychiques ou sociales) : un même rapport à l’identité ?
Lieu de réflexion privilégié : l’adolescence.
Travail personnel à faire :
A la recherche de soi – Intro, images
Achille au seuil de la réalisation de soi :
L’histoire d’Achille est intéressante à plusieurs titres : elle donne une représentation mythologique et littéraire de l’existence humaine au seuil de son entrée dans le monde et le temps. Achille est caché dans le Gynécée, il hésite à devenir le guerrier d’exception auquel le sort le destine ainsi qu’à une mort certaine. Il est exemplaire de toute vie. La conscience de soi est d’abord imbue d’elle-même, adossée à un idéal de soi, jalouse de son intimité, secrète. Le contact avec l’extérieur est plus menaçant qu’exaltant : dehors l’action peut nourrir mes succès, ma réputation mais me conduire aussi vers le désastre et le compromis. Le choix peut être vécu comme une renonciation, une façon de s’exposer à la critique ou à la déception, la passivité est une réserve de promesses inentamées.
Le Moi est le lieu de ce dilemme : tout entier dans son abstraction idéale ou en jeu et en chantier, exposé au temps et au réel.
Angela, assignée à être quelqu’un :
A. Davis, comme tant d’autres n’a pas pu se définir dans un isolement intime, à l’abri des injonctions sociales qui tombaient sur eux. Elle n’a pas pu se penser autrement que comme noire, et descendante d’esclaves. Elle a dû s’inscrire dans un combat pour les Droits Civiques pour exister comme citoyenne, pour rétablir la dignité préalable à l’affirmation de soi. Son identité résulte d’une double assignation : rejetée de la communauté blanche, elle reçoit le qualificatif de Noire qui l’inscrit dans une histoire qui la dépasse, qui l’avilie ; incluse dans la communauté noire, elle reçoit un combat en partage.
Son existence en tant que femme, redouble cette analyse, là encore l’assignation lui vient de l’extérieur et requiert sa participation.
Todas quinceañeras :
Il est curieux que l’affirmation de soi prennent des directions si communes ! Pourquoi vouloir reproduire un comportement continuellement réactualisée par d’innombrables jeunes filles ? Comment se sentir soi dans des habits tant de fois endossés par d’autres ?!
En réalité la question devrait être inversée : Comment ne pas le faire ? Comment s’autoriser à ne pas imiter le parcours des autres, le risque qui serait alors pris ne serait-il pas trop grand ? Risque de l’exclusion, de la disqualification, de l’incertitude ?
De nombreuses sociétés possédaient des rites d’initiation ou de passage, à l’âge adulte par exemple. Des actes codifiés, ritualisés, permettaient à des individus de changer d’âge, de modalités d’existence, leur permettaient par exemple de fonder une famille, de participer aux décisions… Ainsi se gagnait l’assurance, la certitude de s’engager dans la bonne voie, de bien mener sa vie. L’adhésion aux valeurs portées par ces usages était récompensée par la sécurité psychologique et la solidarité effective du groupe envers moi.
Faut-il penser dés lors que l’intégration dans une communauté se paye du renoncement à la singularité ?
Sans doute notre finitude humaine nous condamne-t-elle dans un premier temps à nous former selon une culture donnée, contraignante et relative mais sécurisante. La prendre comme objet d’étude, voire la mettre à distance de soi, est un luxe qui viendra ensuite. La concurrence des normes culturelles créant l’espace de cette liberté de critique et d’action.
B) L’archéologie de soi :
Textes MOI questions : lire et étudier les textes.
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