La recherche de soi


Cours du vendredi 6 sept 25

La proposition est d’abord étonnante : un avis de recherche est lancé quand quelque chose d’important ou quelqu’un est perdu : son chat, son enfant…Celui qui lance l’appel est privé de son bien, il le recherche donc. Comment comprendre alors cet énoncé : « recherche de soi », ce qui supposerait que le soi est perdu mais qu’il se cherche lui-même ; sujet de la recherche et objet de la quête, étrange situation ! On sent qu’ici les mots n’ont pas le même sens. On ne se cherche pas comme on cherche son chat perdu, ni comme un amnésique recherche son identité, ni comme un enfant adopté recherche ses origines…toutes ces recherches supposent que quelque part un être réel, une réalité bien définie mais cachée, attende d’être dévoilée, mise au jour. Ôter le voile, trouver la cachette, lever l’anonymat…sont les opérations qui mettraient fin à cette recherche. On voit que cela ne permet pas de comprendre la recherche de soi : où serais-je que je n’habiterais déjà ? Qui serais-je que je ne connaîtrais déjà ? Il faut dés lors reprendre l’analyse en ayant conscience que les mots sont des outils et non des choses, qu’ils indiquent une voie de réflexion. Comment donc comprendre cet énoncé ?

Le Moi semble être en question, le mot comme nous disions ne garantit pas que le référent existe : la sirène se meut dans les mers des contes mais manque à l’appel ! Le Moi serait-il une fiction du même genre, dont on parle mais ne saisit jamais ? Le mot « Moi » est-il le nom d’une fiction, élaborée par une imagination débordante, romancière ou poétique ?

Le pays d’Eldorado n’existe pas non plus, fiction politique, donnée comme telle par Voltaire dans Candide, si nous voulions illustrer autrement notre idée. Mais des utopies, nom de ces fictions politiques, cachent parfois leur jeu : elles se donnent pour des analyses objectives et prospectives, compatibles avec la réalité, variantes de celle-ci, en puissance, dans un monde politique porteur de devenirs divers. Il est alors plus difficile de décider s’il s’agit de fiction ou de projection réaliste. Le nom désigne alors un possible imaginable qui cherche sa consistance et son inscription dans le monde réel et historique. Le mot « Moi » désigne-t-il une utopie ou une anticipation réaliste, raisonnable et souhaitable ?

A la recherche de soi – Intro, images

Cours du vendredi 12 septembre 25 :

Achille au seuil de la réalisation de soi : 

L’histoire d’Achille est intéressante à plusieurs titres : elle donne une représentation mythologique et littéraire de l’existence humaine au seuil de son entrée dans le monde et le temps. Achille est caché dans le Gynécée, il hésite à devenir le guerrier d’exception auquel le sort le destine ainsi qu’à une mort certaine. Il est exemplaire de toute vie. La conscience de soi est d’abord imbue d’elle-même, adossée à un idéal de soi, jalouse de son intimité, secrète. Le contact avec l’extérieur est plus menaçant qu’exaltant : dehors l’action peut nourrir mes succès, ma réputation mais me conduire aussi vers le désastre et le compromis. Le choix peut être vécu comme une renonciation, une façon de s’exposer à la critique ou à la déception, la passivité est une réserve de promesses inentamées.

Le Moi est le lieu de ce dilemme : tout entier dans son abstraction idéale ou en jeu et en chantier, exposé au temps et au réel.

Angela, assignée à être quelqu’un :

A. Davis, comme tant d’autres n’a pas pu se définir dans un isolement intime, à l’abri des injonctions sociales qui tombaient sur eux. Elle n’a pas pu se penser autrement que comme noire, et descendante d’esclaves. Elle a dû s’inscrire dans un combat pour les Droits Civiques pour exister comme citoyenne, pour rétablir la dignité préalable à l’affirmation de soi. Son identité résulte d’une double assignation : rejetée de la communauté blanche, elle reçoit le qualificatif de Noire qui l’inscrit dans une histoire qui la dépasse, qui l’avilie ; incluse dans la communauté noire, elle reçoit un combat en partage.

Son existence en tant que femme, redouble cette analyse, là encore l’assignation lui vient de l’extérieur et requiert sa participation.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/12/17/angela-davis-activiste-americaine-les-revolutions-ne-se-produisent-pas-d-un-coup-de-baguette-magique_6206272_3232.html

 

Cours du vendredi 19/09/25 :

Todas quinceañeras :

Il est curieux que l’affirmation de soi prennent des directions si communes ! Pourquoi vouloir reproduire un comportement continuellement réactualisée par d’innombrables jeunes filles ? Comment se sentir soi dans des habits tant de fois endossés par d’autres ?!

En réalité la question devrait être inversée : Comment ne pas le faire ? Comment s’autoriser à ne pas imiter le parcours des autres, le risque qui serait alors pris ne serait-il pas trop grand ? Risque de l’exclusion, de la disqualification, de l’incertitude ?

De nombreuses sociétés possédaient des rites d’initiation ou de passage, à l’âge adulte par exemple. Des actes codifiés, ritualisés, permettaient à des individus de changer d’âge, de modalités d’existence, leur permettaient par exemple de fonder une famille, de participer aux décisions… Ainsi se gagnait l’assurance, la certitude de s’engager dans la bonne voie, de bien mener sa vie. L’adhésion aux valeurs portées par ces usages était récompensée par la sécurité psychologique et la solidarité effective du groupe envers moi.

Faut-il penser dés lors que l’intégration dans une communauté se paye du renoncement à la singularité ?

Sans doute notre finitude humaine nous condamne-t-elle dans un premier temps à nous former selon une culture donnée, contraignante et relative mais sécurisante. La prendre comme objet d’étude, voire la mettre à distance de soi, est un luxe qui viendra ensuite. La concurrence des normes culturelles créant l’espace de cette liberté de critique et d’action.

Cours du 26 septembre 25 :

synthèse des textes sur la relation du Moi avec les discours (langue et productions langagières) :

Texte d’Hannah ARENDT :

Nous pourrions croire, tranquillement, dans ce monde porté par notre langue, car pour nous il n’y en a pas d’autre. Nous pourrions croire que nous avons compris la vérité sur les choses dont nous parlons et que nous savons le restituer. Les philosophes créent des concepts pour cela, pour donner à comprendre et à connaître la nature des réalités et des événements. Ils concentrent tous leurs efforts dans cette activité : contenir dans un concept (la redéfinition réflexive d’un mot) les caractères principaux, stables, généraux d’une réalité. Ils ne prétendent pas en donner une version, mais bien la vérité, les traits qui me la rendent familière, de plein pied avec elle. Mais, même les philosophes parlent une langue, une seule parmi beaucoup, et pas toujours la même.

Les langues ne pensent pas de la même façon : elles n’expliquent pas de la même façon ce qu’elles perçoivent ou conçoivent. Elles ne réunissent pas dans un même terme des choses qu’elles estiment proches. Elles ne hiérarchisent pas les choses de la même façon.

Elles sont toutes compréhensibles par l’esprit humain, leurs énoncés sont logiques, raisonnables, concevables par tous les individus. Ce sont des options possibles, des réalisations possibles de notre faculté de comprendre le monde, la vie. Aucune n’est à écarter comme absurde, aberrante, inintelligible. Elle ne correspond pas à la réalité humaine concrète : elle nous échappe.

Le monde où nous sommes en sécurité est celui qui est tenu par la communauté, où il nous est faite une place. Devenir soi-même en toute sécurité suppose une reconnaissance d’autrui. La pluralité des hommes est donc au cœur du langage et de la politique, si nous la méconnaissons nous détruisons les modalités d’une vie apaisée.

Texte de Judith BUTLER :

« discours qui produit un sujet »:

  • littérature : personnage romanesque revisite les stéréotypes des genres, les font jouer.

  • Sociologie : construit les rôles en établissant la typologie.

  • Psychanalyse : une « nature psychique différente ». Des professionnels montrent les rôles de chacun selon les genres.

  • Religion : textes de la doctrine religieuse donne des finalités aux vies humaines, des rôles aux membres d’une famille, une attitude à suivre dans la vie politique…

  • publicité : associé des qualités et des opportunités de succès, de bonheur.

 

 

 

 

 

Cours du vendredi 04 octobre 25 : Texte de Charles Taylor :

Qui suis-je ?  La question de l’identité. La description de sources dont Je suis issu. Ce terme est une métaphore : je proviens de cette force qui me traverse mais ne s’arrête pas à moi, ainsi on met en avant : l’origine de ma famille, le choix de faire ses études fait bien avant, les traits de caractères dont notre conduite fournit de nombreux exemples, les réactions inévitables dont mon tempérament se composerait…

Cette description néglige le fait qu’il s’agit plus de choix répétés que de caractères fixes, de généralisation que de constat.

Pour retracer ces processus de composition du Moi il nous faudra utiliser les sciences de l’homme, pour passer de la conscience de soi à la connaissance de soi. De la certitude sensible d’être un Moi il nous faut réfléchir à la pertinence d’établir un portrait honnête et complet d’un individu unique, identique à soi et stable au travers de ses changements.

  • L’archéologie de soi, le récit de soi.

Que s’est-il passé depuis que je suis né ?

Quel événement pour autrui a-t-il eu lieu ?

Comment mon existence a-t-elle alors été investie par mes proches et les autres ?

Quels discours m’ont formé ? Quels usages ? Quelles pressions affectives et sociales ; quelles lois ont exercé sur moi leur pouvoir de normalisation ?

Cette archéologie s’appuie donc sur les sciences humaines et la philosophie qui nous donnent les clés de la compréhension de ces mécanismes d’élaboration. Sociologie (Bourdieu), psychanalyse (Freud), philosophie (Butler) sont autant d’outils de connaissance de soi (dans sa dimension générale), laissant dans l’ombre ce qui a pu échapper à la normalisation (ex : douleur de l’a-normal, mais aussi l’inconscient du normal).

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