Exercices préparatoires :
Les expressions de la sensibilité
Être sensible : être capable de ressentir quelque chose, d’être affecté, touché, ému, mais aussi intrigué, capté, ravi, saisi d’effroi ou d’admiration…le contraire serait être insensible, c’est-à-dire rester froid, inaccessible, immuable, inchangé. On voit que le mot part dans les 4 sens : l’affect qui rend compte d’une rencontre avec la situation vécue, avec l’autre, avec l’oeuvre ou avec le réel. La sensibilité est le média par lequel une rencontre a lieu, requiert l’attention de notre personne et laisse des traces. Cette rencontre peut se faire avec différents objets et sujets qui vont nous impliquer différemment, de ce fait la sensibilité se décline physiquement et moralement.
On dit pareillement qu’un tel est insensible à la beauté d’un paysage ou à la douleur d’autrui, pourtant cela ne désigne pas le même état et n’a pas les mêmes conséquences. Ce qui unifie ces deux situations, événements plutôt (un événement crée la situation), est le fait que je suis affecté, changé, que je sors de mon indifférence ou de mon introspection. Quelque chose me met hors de moi, et je tente de l’incorporer en le reliant à mes états ordinaires, dans la continuité (je reconnais cet événement, j’ai déjà vécu cette situation) ou dans la rupture (cet événement, cette rencontre n’avait jamais eu lieu pour moi), pour valoriser mon monde intérieur ou pour le compléter. La sensibilité met donc en évidence cette capacité de la personne à s’ouvrir aux accidents, aux rencontres, à les vivre comme des expériences personnelles même si elles viennent de l’extérieur, même si elles sont des sollicitations (cette rencontre inattendue m’a affectée) et non des initiatives propres (je n’ai pas cherché cette rencontre).
Cependant, les personnes revendiquent une sensibilité, s’y reconnaisse comme un élément de leur identité : on peut penser qu’elle a été construite, par l’interprétation des événements passés ou par la formation reçue, par les possibilités naturelles qui sont attachées à notre corps (être ému, etc) et qui sont cultivées par notre éducation. Elle se stabilise en des formes collectives, genrées puis individualisées, avec plus ou moins de force et de durée. Elle acquiert une intériorité par le travail de conscience et de reconnaissance qui s’opère en chacun, lié à une certaine idée de soi. Le musicien cultive cette sensibilité qui le lie au monde et aux autres d’une certaine façon, celle qui lui convient parmi celles qu’il a expérimentées. L’ambitieux a fait un choix différent parmi ses expériences, il vit l’intensité et le lien à travers des affects différents. Chacun a pu connaître la palette entière des effets sensibles ou affects mais n’a pas retenu les mêmes possibilités.
Cette origine multiple nous permet d’associer la sensibilité à plusieurs domaines de création institutionnelle : l’éthique, le soin, le droit, l’art, la science. Ces institutions (créations humaines collectives qui donnent forme et structure à un besoin de l’homme) donnent un sens et un devenir collectif à nos expériences sensibles. Ces dernières fondent un souci des autres selon plusieurs modes : en tant qu’être sensible, être vulnérable, être isolé, ils nous affectent et nous apprennent leur condition, ce qui crée une obligation de les préserver, les protéger. Elles fondent aussi un souci de notre monde : susceptible de nous procurer des rencontres exaltantes, des horizons nouveaux, elles créent des obligations envers les animaux, les lieux, les océans, les glaciers… les exemples ne manquent pas.
Le rapport à la nature par la sensibilité : art ou science ? Simplicité ou lyrisme ?
Le rapport à l’autre par la sensibilité : éthique ou identification ? Empathie ou austérité ?
