Les êtres humains sont des personnes conscientes ; elles pensent, elles éprouvent des affects, elles revendiquent, elles font…etc. C’est leur corps qu’elles mobilisent pour tout cela, leur esprit qui structure ou interprète ce qu’elles ressentent. Ce point de vue particulier qu’elles réalisent, ce petit bout d’espace impartageable qu’elles occupent, peuvent leur faire croire qu’elles sont isolées et originaires, mais l’expérience le dément. Chacun d’entre nous appartient à plusieurs communautés où un Nous s’exprime, se revendique, se vit. Chacune nous donne l’opportunité ou fonde l’exigence d’un lien nécessaire, superflu ou nocif, il faudra le déterminer. Toutes ces communautés sont le lieu d’un problème rencontré par chacun, du fait de sa condition humaine, càd l’ensemble des paramètres avec lesquels il nous faut compter pour vivre.
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Peut–on être humain et seul ? |
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Analyse de la question, opportunité de la poser ? Nous avons fait un constat : notre intégration à de nombreuses communautés, la question semble donc un peu artificielle. Mais nous avons aussi introduit une distinction entre nécessité et contingence, notre vie sociale n’est peut-être pas nécessaire, inéluctable? Et de ce fait peut-être pas opportune ou bénéfique pour nous ? Qu’est-ce qui irait dans ce sens ? Pourquoi l’évoquer ? Pour ne pas rater sa vie !?
Pour se connaître en explorant l’origine ?
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Humain ? Question philosophique seulement ?
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Une notion construite ou observée ? Fait-elle l’objet d’une connaissance ou d’une idéologie ? |
Exercice en classe : Lecture et exposés des textes de Hobbes et Rousseau.
Synthèse de l’exercice :
A) État de nature : Une fiction philosophique, hypothèse au terme d’un raisonnement.
1) Hobbes : « L’homme est un loup pour l’homme », Léviathan L1 CH13
a) Caractéristiques de l’homme à l’état de nature :
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Un homme vivant hors de toutes structures sociales, inexistantes. Ses rapports avec les autres ne sont pas du tout régulés.
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La nature commune à tout homme : des forces et des besoins assez semblables. Les différences ne sont que superficielles, les forces et faiblesses de chacun se compensent. Le souci de survivre, sans faim et en sécurité, va entraîné paradoxalement des peurs et des conflits. La nature humaine porte en elle une source d’ agressivité. Ce n’est pas une perversité de nature mais un engrenage fatal.
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Un cercle vicieux se met en place : agresser pour être en sécurité, pour ne pas attendre d’être une victime mais cette attitude est inefficace puisqu’elle fait durer le conflit.
Mais on ne saurait leur reprocher leur conduite : aucune valeur ni loi ne préexiste à leur vie individuelle tournée vers un bien égoïste et vital.
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D’où un risque universel pour l’homme, sa survie en général.
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Leur raison les sauvera : elle prend acte de ce danger et fais un bon calcul, le sens de l’utilité.
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Renoncer à toute initiative personnelle au profit du Souverain. Théorie du pouvoir absolu, institué sans retour.
Comment est-il parvenu au résultat ? : si la nature est l’origine, il en reste quelque chose de vivace en nous, qui s’exprime même si c’est de façon détournée. Or, les hommes se méfient les uns des autres, mettent leurs biens à l’abri, se promènent armés (à l’époque!). Les hommes sont prétentieux, aiment à être reconnus. S’ils n’étaient pas empêchés de se conduire à leur guise, ce serait l’enfer ! Par la mise en place d’un Souverain Absolu, que gagnent les hommes ? La paix pour faire leurs affaires, pour faire prospérer la civilisation, mais perdent leur liberté naturelle, sans gagner de droit politique ; ainsi que leur égalité naturelle puisqu’ils seront pris dans un système hiérarchique.
Une théorie matérialiste : tout s’explique à partir de la vie matérielle, des données naturelles de l’existence humaine. La nature de l’homme, vus les mécanismes décrits, appelle une censure totale de sa liberté pour garantir sa sécurité, c’est donc un sacrifice qui lui est demandé par Hobbes. C’est une explication immanente et rationnelle : elle s’appuie sur l’observation de la nature de l’homme et déduit les conséquences politiques de sa conservation.
On peut avancer qu’une telle présentation des choses est critiquable: argumentation faible et trop suspecte de justifier un choix politique préalable de l’absolutisme.
D’où la critique de Rousseau : un état de nature concurrent :
2) Rousseau Discours sur l’origine de l’inégalité parmi les hommes :
b) Caractéristiques de l’homme à l’état de nature :
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Un homme seul, indifférent moralement (innocent ou compatissant) ; perfectible (il peut changer si un moteur puissant le pousse à le faire, il n’est pas immédiatement et nécessairement en mouvement).
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Un état complet, stable, sans dynamisme. Une adaptation à son milieu, aucun manque et aucun désir ne crée de déséquilibre. Les facultés intellectuelles et affectives sont dés lors en repos, rien ne les stimule.
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Le constat serait plutôt inverse : l’homme à l’état civil semble affaiblit physiquement, toujours mécontent et avide, souffrant et impuissant à vivre en paix. Il a perdu les caractéristiques naturelles que sont l’égalité et la liberté, il est soumis à une autorité et à une idéologie qui les nient.
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Il faut imaginer un accident pour sortir de l’État de nature. En l’absence de déséquilibre, seuls des hasards peuvent expliquer le changement d’état, aucune raison puissance et déterminante présente dans la nature humaine.
Comment est-il parvenu au résultat ? : « Dépouiller le vieil homme » pour savoir ce qui est à l’origine, càd penser l’individu sans tout ce qu’il a acquis manifestement par l’apprentissage.
La nature humaine est le point de départ d’une réelle histoire, un devenir contingent, une suite de hasards jusqu’à l’état civil. Ce n’est pas un simple développement nécessaire comme disait Hobbes mais une aventure qui aurait pu ne pas avoir lieu. Rousseau se permet davantage, il pose un jugement de valeur : sortir de l’État de nature ( le calme, le bien-être, la paix, l’égalité et la liberté) pour une société où demeure la violence et l’injustice n’est pas très profitable, mais le point positif est que tout peut changer (contingence). La conséquence politique est la reprise légitime de la fabrication de l’état civil : refonder la société est nécessaire et légitime pour rétablir les droits naturels garantissant l’égalité et la liberté. Si le retour en arrière est impossible, la prise en compte de la nature est exigible pour cesser de souffrir.
Conclusion : l’État de nature est-il un concept fiable et utile pour penser la société, son existence et sa forme ?
1) Pourquoi faire appel à ce concept ? Pour déduire une politique d’une anthropologie : quelle loi pour quel homme ?
ケ Pour trouver une origine, une référence initiale sur laquelle s’appuyer pour parler en toute légitimité (remonter les causes de façon objective).
ケ Pour comprendre ce qui rendait nécessaire l’établissement de la société ou bien son avènement accidentel.
ケ Pour savoir de quelle nature est la justice : héritage naturel, traduction civile de la nature, ou invention totalement humaine ?
2) Comment le construire ?
Par «dépouillement» de l’état civil c’est-à-dire élimination de nos gestes les plus artificiels (éloignés des préoccupations et des possibilités animales), par attention portée à nos comportements les plus irréfléchis et spontanés, par observation des attitudes les plus universelles et répétitives dans quelque contexte social que ce soit, par les réactions affectives ou sensibles les plus manifestes…
3) Quelles certitudes fait-il naître ?
モ Il met en évidence le fait que la nature de l’homme est singulière (si on compare avec d’autres natures animales) : il est fait de possibilités susceptibles de se développer mais aussi de qualités indéterminées susceptibles de prendre une orientation nouvelle.
モ Ce qui ressort donc est l’idée que l’homme est libre, puisqu’on peut appeler liberté cet état d’indétermination qui permet à l’individu humain d’échapper à tout destin, naturel aussi. Il ne s’agit pas de dire que l’homme est dépourvu de condition, ce serait en faire un être irréel, mais de voir que son histoire est aussi décisive que sa nature.
モ Enfin, le fait social demande à être justifié.
モ Sur ce point le concept n’est pas très utile : à la question « qu’est-ce que la justice ? » il ne permet guère de répondre.
Que nous apprend la comparaison entre ces 2 auteurs :
Il semble que la perspective politique de chacun commande sa vision de l’État de nature et non l’inverse. Hobbes prétend que l’autorité d’un Souverain Absolu est nécessaire à construire les conditions d’une vie sociale mais aussi humaine. Il admet que la liberté individuelle est l’ennemi de la paix et de la civilisation humaine. Il consent à ce sacrifice. Rousseau au contraire présente comme une tragédie l’entrée dans l’état civil au dépend de la nature humaine, de l’égalité et de la liberté. Ainsi contenu dans les règles inhumaines, car niant les éléments fondamentaux de notre nature, l’homme serait condamné à souffrir, à moins qu’une forme adéquate de l’état civil, démocratique, ne respecte ces paramètres définissant notre réalité humaine.
Semaine du 1 octobre au 9 octobre :
2. La nature de l’homme est-elle lacunaire ?
a) Contre-épreuve : que nous apprend l’enfant sauvage ?
1 Victor de l’Aveyron Dr Itard
L’étude des enfants sauvages, au début du 19 ème s procède de la même recherche que l’idée d’État de nature : trouver la nature de l’homme, afin de s’appuyer sur elle pour comprendre la vie sociale : sa nécessité ou au contraire son artificialité, les contraintes sociales compatibles avec elle et les demandes illégitimes au regard de ses impératifs ou aspirations. Contrairement à l’État de nature, l’enfant sauvage était réel, observable, vivant : il semblait plus scientifique de procéder ainsi. Telle était l’attente mais le résultat ne fut pas concluant, ou disons comme on le prévoyait.
L’enfant sauvage est un enfant, issu de l’espèce humaine, mais dépourvu de toutes les compétences de l’homme. Que pourrait-on en conclure ?
Qu’il n’était pas apte à le devenir du fait d’une tare physique de naissance ? ce qui est indiscernable à l’époque. Qu’il deviendra humain après un apprentissage ? qui fut tenté mais très partiellement réussi.
Que l’observateur ne peut pas admettre une autre forme d’humanité que ce qu’il connaît ? ce qui fait de l’humanité une construction sociale et culturelle. L’enfant sauvage fait naître plus de questions que de réponses donc.
Concluons qu’il ne nous apprend rien sur lui, et donc sur nous en tant que nous lui ressemblons biologiquement, mais qu’il nous permet de comprendre que par-delà le fait biologique, l’humanité se définit par des constructions spirituelles et des manières sociales essentielles. L’ancienneté de ce fait a inscrit dans le corps sa marque et ne semble plus lui permettre une humanité naturelle spontanément épanouie.
b) La nature comme puissance créatrice dans l’espace et temps :
Aristote : L’homme entre la bête et le Dieu, à l’image des autres hommes respectables ; une nature sous forme de vertu à réaliser.
Aristote, Textes et commentaires :
Etude detexte et méthode Aristote
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« L’homme est un animal politique » : des possibles qui demandent des conditions pour se réaliser, les différents groupes où le langage et la raison sont stimulés et utilisés pour s’épanouir.
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Un paradoxe : La vertu de l’homme : ce pour quoi il est fait, n’en a pas moins besoin de la communauté pour se réaliser. Les modèles de Sages, d’hommes vertueux, reconnus tels par le grand nombre, sont nécessaires pour soutenir la formation de soi. Une communauté perverse engendre des monstres ou des hommes médiocres ; la politique doit être éducatrice. On peut donc douter de cette idée d’une finalité inscrite dans la nature.
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